LE CŒUR DU BAOBAB

               Comme il aime courir dans la brousse, le lièvre: sous le soleil, il aime voir du pays et avoir chaud. Mais ce jour là le soleil tape si fort qu'il finit par s'arrêter. Il regarde autour de lui et il ne reconnait rien. L'herbe qui jusqu'ici était haute ici est rare et desséchée, tout est sec et sablonneux... Maintenant le lièvre se sent très pressé de rentrer chez lui et se retrouver les siens. Alors il repart et sous un soleil encore plus chaud, il s'écroule sur le sol et repense à son village qu'il ne revvera peut être pas... Dans un dernier effort, il lève les yeux au ciel... Et là il aperçoit tout au loin la silhouette d'un baobab, un arbre immense.

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Sachant que les baobabs sont des arbres sacrés et magiques, il retrouve du courage et se remet à ramper, puis à marcher, puis à courir vers l’arbre. Sous son ombre, allongé, il reste longtemps profitant de la fraicheur transmise par le baobab... Ragaillardi, il sait qu’il parviendra à repartir et rejoindre sa tribu.

« - Merci beaucoup Reniala (Baobab en malgache, littéralement "mère de la forêt"), pour ton ombre, je crois qu'elle vient de me sauver la vie, dit le lièvre. »

Alors, tout en haut de l'arbre, les feuilles se mettent à s'agiter. Et il entend une toute petite voix sortir du tronc de l'arbre immense :

«  - Lièvre, tu as aimé mon ombre, peut-être aimerais tu aussi gouter mon fruit ? Tu n'as qu'à me le demander...

- Ce serait un honneur pour moi, Reniala, s'il te plait, pourrais-je gouter ton fruit ? dit le lièvre en caressant le tronc. »

A ces mots, un fruit tombe de l'arbre. C'est un pain de singe, le fruit du baobab, tout noir et tout dur, pas du tout appétissant. Mais quand le lièvre mord dedans, il se rend compte que ce fruit est gorgé d'eau et de soleil, le pain de singe le rafraîchit jusqu'au plus profond de lui même et lui redonne des forces. Il remercie l’arbre pour son fruit, et lui confirme qu’il n’a jamais rien mangé d'aussi bon!

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Et de nouveaux les feuilles s'agitent tout en haut de l'arbre...

« - Lièvre, si tu as aimé mon fruit, peut être aimerais tu voir mon cœur aussi ? Tu n'as qu'à me le demander...

- S'il te plait Renalia, pourrais je voir ton coeur ? »

Alors, le sol se met à trembler, et le tronc de l'arbre immense se sépare en deux parties, commençant à s'écarter, jusqu'à ce qu'apparaisse une entrée. Sur l’invitation du Baobab, le lièvre entre à l'intérieur du tronc et il voit un trésor d'or, de diamants, de bijoux,... Il n'a jamais rien vu d'aussi beau.

« - Prends, lièvre, prends ce que tu veux... dit le Baobab

Le lièvre reste longtemps à regarder toutes ces merveilles, puis il choisit juste une petite paire de boucles d'oreille, pour sa chérie.

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Remerciant le Baobab, il sort et le regarde se refermer. Bien reposé, plein de force et de courage, le lièvre repart... Il court dans la brousse, quitte les plaines taries, rejoint les forêts humides et les siens. Rentré chez lui, il offre la parure à sa dame ; aussitôt celle-ci, part faire le tour du village pour montrer ses belles boucles d'oreilles...

               Ce jour là, quand le voisin du Lièvre, Monsieur hyène, rentre chez lui, le repas n'est pas près, le couvert n'est pas mis, sa femme est assise les bras croisés à l'attendre. Monsieur hyène reconnait ce très mauvais signe... Alors madame Hyène commente le présent reçu par Madame Lièvre et annonce qu’elle ne cuisinera plus tant qu’elle n’aura pas des boucles d'oreilles identiques, ainsi que des bracelets, et un collier assortis.

Monsieur hyène va alors trouver le lièvre pour lui demander où il a trouvé d'aussi belles boucles d'oreilles pour sa femme. Et le lièvre lui raconte tout, la brousse, qui se transforme en désert, au loin le baobab, son ombre, son fruit, son cœur... Alors, monsieur hyène part en courant dans la brousse; les paysages décrits défilent sous ses yeux et bientôt Monsieur hyène connait les mêmes déboires et finit par s'effondrer. Alors il lève les yeux au ciel, et aperçoit au loin... le baobab ! Il se rend alors jusqu'à l'ombre du baobab.

« - Merci beaucoup Reniala pour ton ombre !

- Hyène, tu as aimé mon ombre...

- Oui et j'aimerais bien aussi gouter ton fruit ! »

Sur ces paroles, dans un "ploc!", un fruit tout noir, tout dur, pas du tout appétissant, tombe de l'arbre. Monsieur hyène, qui préfère nettement la viande, le mordille, fait semblant d'en manger un morceau, et se débarrasse discrètement du reste...

« -Merci beaucoup Reniala pour ton fruit ! Pourrais-je s'il te plait voir ton cœur aussi? »
Le baobab hésite un peu, on ne lui a jamais demandé les choses de la sorte... Mais finalement le sol se met à trembler, et le tronc de l'arbre immense se sépare en deux parties, commençant à s'écarter, jusqu'à ce qu'apparaisse une entrée.

Monsieur hyène rentre dedans. A la découverte du gros magot, il commence à se remplir les poches d'or et de diamants. Quand il s'écrit "C'est merveilleux! On est riche!! Il faudra qu'on revienne avec un chariot, ma femme et moi,  qu'on puisse tout emporter !!! ", le Baobab pour protéger ce qu'il y a dans son cœur, se referme brutalement sur Monsieur hyène, qui finit broyé.

Depuis ce temps là, les hyènes ne lèvent jamais les yeux au ciel, elles restent le regard sur le sol, et ne mangent que des cadavres. On dit aussi que jadis le cœur des hommes était comme un Baobab, mais qu'aujourd’hui à "chacun son hyène".

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Ces lignes, illustrées par quelques unes de mes images prises à l’Allée des Baobabs, rapportent un conte assez connu, qui fait partie du répertoire de pas mal de conteurs africains, ou européens.

Le récit me touche car proche de ces géants sages que sont les Baobabs, tout comme les Chênes dans les régions européennes, j’ai ressenti leur force de vie dont je me suis « nourrie ». J’y ai puisé en leur source de belles énergies, tant spirituellement que physiquement, puisque j’ai eu la chance de savourer un de leurs fruits, dont chaque graine est un bonbon naturel délicieux.

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Et puis, comment évoquer la magie du Baobab sans une allusion imagée à cette majestueuse Allée qui revêt toute sa parure "écluminée" au coucher du soleil...

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Et pour prolonger le voyage au pays des baobabs

"The Baobabs - Pachychals of Africa, Madagascar an Australia"

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