[Eric-Emmanuel SCHMITT]

Trois femmes, trois époques, trois destinées passionnantes et entrecroisées

A travers l’histoire d’Anne, d’Hannah et d’Anny, Eric-Emmanuel Schmitt nous invite à un voyage dans l’espace et le temps (le Bruges de la Renaissance, la Vienne impériale, l’Hollywood actuel), comme dans les âmes, guidé par un lien invisible qui se laisse par indices disséminés tout au long du roman deviné puis révélé dans les derniers chapitres.

Servi par « une plume pleine de poésie qui semble trempée dans le cœur et la douleur des femmes» [Direct Matin], le roman est construit par une succession de chapitres  racontant à tour de rôle pour chacune des trois. Comme des échos, ils se répondent et assurent ainsi une continuité dans la narration bien que différenciés par des formats, styles et références littéraires propres à chaque personnage à l’image de leurs temps: lyrique et poétique, épistolaire, scénario de série télévisée.

 

A travers les trois histoires racontées, l’auteur dresse trois beaux portraits de femmes, singulières mais si semblables à la fois.

Au-delà des prénoms, les héroïnes ont de nombreux points communs. Insoumises et rebelles, elles refusent les codes respectifs du monde qui les entoure et écrits par d’autres, pour assurer leurs vraies personnalités et rechercher le sens profond de leur existence. Animées par le sentiment d’être différentes,  toutes trois sont en quête spirituelle, à la poursuite d’un absolu se déclinant selon les croyances et les émotions de chacune.  Pour Anne, cette recherche prend la forme d’un principe vital : « Il » « Lui » qu’elle perçoit dans la nature (appelé Dieu, un peu malgré elle) et le don aux autres. Hanna le trouve à travers la découverte du plaisir, la psychanalyse (en devenant une des premières disciples de Freud) et l’écriture. Quant à Anny, elle affronte les paradis artificiels et ses démons grâce aux interprétations cinématographiques et au grand Amour.

Quelques personnages secondaires, à la fois piliers et oppposés des héroïnes, tiennent aussi une place importante dans le récit: Braindor avec Anne, Tante Vivi avec Hanna, et Sac Vuitton avec Anny.

 

Le titre est également toujours fortement sous entendu, et la présence du « miroir » est perceptible tout au long roman. Malgré la troisième personne utilisée pour la narration, le lecteur est plongé dans les secrets des héroïnes, et notamment dans les rapports difficiles que celles-ci entretiennent avec le l’objet. Celui-ci apparait  métaphore de l’image imposée que leur tend la société dans laquelle elles vivent. Au fil des pages, elles transforment leurs images de ce qu’elles paraissent à ce qu’elles sont. 

De même, des jeux de ressemblances et de rapports entres les évènements de leurs vies, apporte l’idée que chacune est, en quelque sorte, les miroirs l’une des autres... Ainsi, avec une ligne parallèle dessinée par une suite de hasards factuels, habilement suggérés par l’auteur, ces femmes vont devenir, par delà le temps, les héroïnes d'un seul et même roman.

 

 

En guise de dédicace, l’Amie m’ayant offert ce livre s’m’ interrogeait « peut être nous retrouverons nous un peu dans Anne, Hanna et Anny ? »  Pour moi, c’est une évidence! Paragraphes après paragraphes, j’ai songé et prié auprès du grand tilleul avec Anne, je me suis initiée à la psychanalyse en suivant les découvertes d’Hanna et vécu les aventures et coups de théâtre d’Anny la Star. Ressentant avec elles la force de leurs moteurs respectifs, grandissait aussi en moi l’envie de bousculer les carcans et d’évoluer pour trouver un petit bout d’un bonheur authentique.

Est ce parce qu’on y identifie aussi quelques grandes figures féminines au cours des siècles, un peu de Jeanne d’Arc dans Anne (Sainte ou sorcière), un peu de Sissi dans Hanna, un peu de Marylin Monroe dans Anny ? Ou est ce tout simplement parce que comme le suggère Fabienne Pascaud, dans TELERAMA, il s’agit «des chemins apparemment éloignés mais qui recomposent les mille facettes d’un envoûtant éternel féminin» ?